Wild Africa

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Un peu en retard car l’exposition est terminée, je vous fait tout de même un petit récapitulatif de la dernière exposition à la Fondation Louis Vuitton ; Art Afrique : le nouvel atelier”.

Vous connaissez déjà mon petit coup de coeur pour la fondation, alors voyez ma grande joie quand j’apprends que l’Afrique est à l’honneur cette année ! A travers cette exposition, la Fondation Louis Vuitton présente dans l’ensemble de son espace un programme culturel dense sur l’Afrique. Ce choix est du à la mission que s’est donné la Fondation, faire connaître au plus grand nombre la création artistique contemporaine internationale à travers ses expositions.

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Les inités

L’exposition Art Afrique est divisée en trois parties. La première, « Les initiés», regroupe un large choix d’œuvres allant de 1989 à 2009 de la collection d’art contemporain africain de Jean Pigozzi. Jean Pigozzi fait appel à André Magnin pour arpenter le continent africain et constituer sa collection en allant à la rencontre d’artistes contemporain et travaillant en Afrique subsaharienne. À une époque qui ne connaît ni téléphone portable, ni internet, il parvient à nouer de véritables liens avec des artistes locaux dont il dévoile la liberté et l’originalité. Les artistes de l’exposition sont en fait tous héritiers de savoirs spirituels, scientifiques et techniques. Ils développent dans leurs oeuvres des mondes aux multiples expressions et supports. C’est en ce sens que ce sont des « initiés ».

D’entrée, on est accueilli par les surprenants masques du Béninois Romuald Hazoumé en matériaux récupérés : à partir de jerricanes en plastiques, d’aspirateurs ou de machines à écrire parfois, il imagine des visages, perçant des yeux ou les figurant avec des écouteurs de casque, transformant un goulot en bouche, collant des cheveux parfois. En matières récupérées également, le Congolais Rigobert Nimi construit d’hallucinantes stations spatiales (“Station vampires”) (voir photo au dessus).

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Quinze artistes ont été choisis parmi les quelque 70 qui y sont représentés. Pour chaque artiste, on a une série d’œuvres conséquente, par exemple je suis restée assez intriguée par les dizaines de photos de coiffures africaines. Il s’agit de l’artiste nigérian J.D. Okhai Ojeikere (1930-2014) qui prenait en photo les coiffures des femmes africaines comme des sculptures, chefs-d’œuvre de graphisme dépouillé en noir et blanc.

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Au niveau des peintres, on (re)découvre, Chéri Samba, figure de la peinture populaire congolaise, qui accompagne ses tableaux inspirés de la situation politique ou sociale de nombreuses inscriptions, mais également l’artiste peintre Moké, qui peint et magnifie les nuits de la cité kinoise, avec des bières et de la musique (photo ci dessous).

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Du côté de la photographie malienne, les images de fêtes de Bamako des années 1960-1970 saisies par Malick Sidibé avec la musique, la danse et les pattes d’éléphant nous font direct voyager dans le temps (petite exposition de Malick Sidibé prochainement à la Fondation Cartier).

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Etre là

La seconde partie « Etre là. Afrique du Sud, une scène contemporaine » présente des oeuvres de la création contemporaine africaine provenant principalement d’Afrique du Sud. Concentrées autour des années 1980, les oeuvres laissent entrevoir le positionnement des artistes sur la situation écologique, économique et politique de leur pays. Changement d’ambiance par rapport au rez-de-chaussée où sont exposés une vingtaine d’artistes de la scène sud-africaine. Cette scène est particulièrement active et fortement marquée par l’apartheid.

C’est dans cette ambiance qu’au détour de l’exposition on se retrouve nez à nez avec les chiens sauvages de Jane Alexander qui sont une figure récurrente dans l’oeuvre artistique africaine : évoluant en meute, ils ont fait et font toujours l’objet de campagnes d’éradication en Afrique du Sud. L’artiste met en scène une armée de créatures mi-humaines mi-animales face à un de ces chiens, le tout donnant une installation plutot angoissante.

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Plus jeune, la photographe Zanele Muholi, née en 1972 et militante de la cause LGBT, nous interroge avec ses portraits de femmes noires et lesbiennes. La question du genre émerge chez les artistes africains. Zanele Muholi cherche à donner une visibilité à une communauté doublement marginalisée et nous questionne : qu’est ce que veut dire aujourd’hui être une femme, noire, et lesbiennes en Afrique ?

La dernière partie présente à son habitude des pièces de la Collection de la Fondation Louis Vuitton autour de la thématique avec des pièces qui font souvent écho aux précédentes ; Chéri Samba, David Goldblatt, ou encore Romuald Hazoumé.

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Aujourd’hui, l’Afrique demeure une culture véritablement incontournable dans la communauté artistique contemporaine. A la Villette (Afriques Capitales), au Grand Palais (Art Paris Art Fair), à l’Institut du monde arabe (“Trésors de l’islam“), au Carreau du temple (Salon AKAA), au Quai Branly, l’art africain est partout à Paris depuis quelques mois et connait un engouement inédit.

 

“Art Afrique : le nouvel atelier” à la Fondation Louis Vuitton
du 26 avril au 28 aout 2017